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    Eden regardait sa belle-sœur. Lucy était magnifique dans sa robe de mariée. D’un blanc immaculé, ornée de dentelles, elle ressemblait à une reine de conte de fées. Lucy était humaine, avec une certaine sensibilité à la magie, preuve que dans ses ancêtres lointains certains devaient être issus du monde magique. Mais, elle était humaine et pour ça, Eden l’enviait. Elle aurait aimé naître sans pouvoirs, sans cela, peut-être que rien de ce qui ne lui était arrivé jusqu’ici se serait passé… Elle arrêta très vite ses pensées : sans ses pouvoirs elle n’aurait pas fait la connaissance de Samiael. Imaginer sa vie sans lui… sans qu’il en fasse partie… Impossible. Elle termina de boutonner le dos de la robe de la future mariée.

    - Comment te sens-tu ? demande Eden.

    - Stressée, dit Lucy.

    - Tu ne devrais pas, ce n’est qu’une formalité… Vous êtes déjà imprégniez, dit Eden en souriant aux reflets de la jeune femme dans le miroir.

    - Je sais, mais… Et s’il changeait d’avis ? dit Lucy, alors même qu’elle savait que c’était impossible.

    À travers leur lien d’imprégnation, et ce même si elle ne possédait aucun pouvoir, elle ressentait l’amour de Joachim pour elle. Ils avaient une véritable connexion psychique, qui s’était finalisée il y a un peu plus d’un an maintenant et mise en place lorsqu’elle était adolescente, un peu après qu’on ait découvert sa leucémie. À croire que le destin avait décidé pour elle qu’elle n’avait pas le droit de baisser les bras et d’abandonner la vie.

    - Tu poses sérieusement la question ? dit Eden, il t’aime plus que sa vie Lucy, il la donnerait pour que tu vives et il trouverait un moyen pour que sa mort ne te tue pas avec lui. Il ne partira ni ne changera jamais d’avis, déjà parce qu’il est trop têtu pour ça…

    La remarque tira un rire à Lucy. Pour être têtu, Joachim l’était, pire qu’un bouc !

    - Et ensuite, parce que tu es sa raison de vivre, il ne t’aurait pas rencontré il aurait passé sa vie à te chercher… et on n’échappe pas à un chasseur-né, ajoute Eden avec un sourire.

     La remarque eut pour effet de rassurer la mariée et de la détendre. Ses peurs étaient infondées, elle le savait.

    - Eden, je peux te confier un secret ?

    - Oui ? dit la jeune femme en regardant sa belle-sœur.

    Lucy prit les mains d’Eden, et les posa sur son propre ventre. Le regard de la jeune fille s’agrandit.

    - Depuis combien de temps ?

    - Six semaines. Je n’ai encore rien dit à ton frère ni à personne. Tu es la première à savoir.

    - Joachim n’a rien remarqué ? Ni ma mère ?

    - L’un comme l’autre était totalement préoccupé par le mariage, et je n’ai quasiment pas été malade pour le moment. Je vais lui annoncer tout à l’heure…

    - Il va être le plus heureux des hommes, je suis tellement contente pour vous ! Toutes mes félicitations ! l’adolescente en serrant Lucy dans ses bras.

    Elle-même n’avait rien vu, mais elle ne voyait que peut sa belle-sœur, cela n’avait rien d’étonnant qu’elle soit passée à côté. Mais là, le simple fait de poser les mains sur le ventre de la jeune femme, elle avait senti la nouvelle vie qui se développait en elle. Ce n’était pas le simple geste qui lui avait permis de comprendre que la mariée était enceinte. La vie se développait en elle. Elle se réjouissait pour son grand-frère et Lucy, la famille allait s’agrandirent, ce qui était une excellente nouvelle.

     

                   Les derniers préparatifs de la mariée achevée, Eden alla prévenir sa mère au rez-de-chaussée qu’elles étaient fin prêtes.

    - Ah, super ma chérie. Ton cavalier est arrivé d’ailleurs, dit Beth, je vais aller voir la future mariée puis avancer la voiture, je vous attends dehors.

    Eden resta un instant interdit. Son cavalier ? Elle n’avait invité que Samiael… qui cela pouvait-il donc être ? Elle ne lui avait pas demandé de l’accompagner, simplement d’être présent. Elle était bien trop timide pour avoir osé. Elle alla dans l’entrée, le cœur battant, et cligna des yeux. Samiael. Il était là. Vêtu d’un élégant smoking bleu roi et d’une chemise blanche… Il était superbe.

    - Bonjour, dit Eden un sourire s’étirant sur ses lèvres, son cœur battant plus vite à la simple vue du jeune homme.

    Samiael était absorbé dans la contemplation d’un des tableaux de l’entrée et sursauta légèrement entendant la voix d’Eden. Il se tourna et resta ébloui. Eden avait l’air d’une fée. Elle était sublime dans sa robe. Elle était la demoiselle d’honneur de Lucy, sa robe dans les tons bleus semblait vaporeuse. On avait le sentiment que Tatiana elle-même l’avait tissé. Un bustier en forme de cœur, épousait les courbes de sa poitrine sur laquelle se logeait en délicat pendentif en argent. La robe lui arrivait à mi-cuisse, soulignant sa finesse sans pour autant être ostentatoire.

    - Tu va voler la vedette à la mariée…, dit Samiael sans réfléchir, avant de se mettre à bafouiller, tu… tu es superbe.

    Eden eut un rire léger, elle aimait énormément lorsque Samiael laissait parler son cœur et qu’il ne réfléchissait pas à chaque instant à ce qu’il allait dire.

    - Merci… Ne t’inquiète pas, la mariée est mille fois plus belle que moi… C’est donc toi mon mystérieux cavalier ?

    - O-oui, ta maman m’a rappelé dans la semaine pour savoir pour mes parents, qui viennent d’ailleurs ils nous attendent à la mairie… Et euhm, elle m’a demandé si je voulais bien t’accompagner… J’ai dis oui, j’espère que ça te va… ?

    - Oui… merci beaucoup d’avoir accepté… je…n’ai pas osé, dit Eden en bafouillant avant de récupérer une fleur de lys sur le meuble d’entrée.

    Elle s’approcha de Samiael, et glissa délicatement celle-ci dans la poche de sa veste.

    - Voilà… comme ça tu respectes aussi le dress code… Elle releva la tête, son regard croisant celui du jeune homme.

                   Le temps sembla comme suspendu, Samiael baissa la tête vers Eden. Il la regarda, ses yeux d’un bleu glace cerclé de violet foncé, savamment souligné par le maquillage, brillaient. Elle semblait si émue ! Il leva la main et replaça une mèche de cheveux, elle aussi violette, derrière son oreille. Il voulait dire quelque chose, n’importe quoi, mais rien ne lui venait. Son regard se posa sur lèvres de la jeune femme face à lui. Enrobées de rose, elles lui avaient toujours donné envie de les embrasser.

    - Eden ! lança la voix de Lucy à l’étage, tu peux venir m’aider ?

    Les deux adolescents sursautèrent en s’écartant, l’instant était brisé.

    - Oui, j’arrive. Eden jeta un regard à Samiael, tu peux nous attendre dans la voiture avec maman si tu veux, on arrive.

    - D’accord, dit le jeune homme, reprenant contenance et sortant de la maison.

    Une fois dehors, il respira une grande bouffée d’air frais. Que se serait-il passé si Lucy ne les avait pas interrompus ? Aurait-il embrassé Eden ? Comment aurait-elle réagi ? Il ne savait même pas si les sentiments qu’il éprouvait pour elle étaient partagés ! Ce n’était pas le moment de penser à cela. Pourtant, il revoyait encore nettement dans son esprit le visage d’Eden tourné vers lui, ses lèvres roses si tentantes… Il secoua la tête, et rejoignit la voiture que Beth venait d’avancer devant le portail. Il ouvrit la portière arrière alors que la mariée et sa demoiselle d’honneur faisaient leur apparition. Eden n’avait pas tout à fait raison selon lui. Certes, la mariée était belle, mais… pas autant qu’elle. Enfin, il n’était pas vraiment objectif non plus. Il sourit à leur égard et aida Lucy à prendre place dans la voiture.

     

                   Une vingtaine de minutes plus tard, Eden à son bras, ils attendaient pour remonter l’aller menant à la mairie. Il se sentait aussi stressé que si c’était lui qui se mariait. C’était complètement idiot. Mais il s’imaginait se prendre les pieds dans ce grand tapis rouge qui recouvrait l’allée et s’étaler de tout son long sur le sol, entrainant Eden avec lui. La jeune femme sembla ressentir son trouble et pressa son bras.

    - Tout va bien se passer, ne stresse pas comme ça voyons… C’est comme au collège lorsqu’on a fait la pièce de théâtre…

    L’analogie fit son effet. Samiael sembla se souvenir de ce moment, qui leur avait beaucoup plus à tous les deux. L’un des rares moments de leurs enfances où ils n’avaient pas eu à se cacher pour se voir : ils pratiquaient la même activité et avaient des rôles clés dans la pièce de théâtre qu’ils jouaient. Sur un signe de l’adjoint, Samiael se mit en marche, Eden à ses côtés, et la cérémonie civile commença. Elle fut à la fois longue et brève, mais incroyablement émouvante. Une demi-heure après y être entrée, tout le petit monde ressortit. Une photographe prenait quelques clichés. Eden entraina Samiael à sa suite pour poser sous l’œil de la photographe, il se prêta de bonne grâce au jeu. Après tout, il pourrait lui aussi récupérer les photographies. Il sourit avant de laisser la place aux autres. Il savait que la soirée était loin d’être finie… Mais surtout que la vraie cérémonie ne commencerait qu’une fois la nuit tombée… Ce qui ne saurait tarder. En effet, Beth ainsi que d’autres merlinoises, entourèrent la mariée, Samiael se joignit à ceux qui entourèrent le marié. L’Ancien était là. Nul ne l’avait vu venir, mais il était là. Peu à peu, tout le monde le remarqua et un silence religieux se fit dans l’assemblée. Comme toujours lorsque l’Ancien prenait la parole, chacun était suspendu à ses mots.

    - Mes amis, nous sommes réunis ici pour célébrer l’union de ses deux âmes. Nous sommes réunis ici pour voir l’Amour célébré… Venez… Suivez-moi… dit-il en se mettant en marche vers la forêt toute proche.

                   Les femmes partirent en premier, la mariée cachée au milieu d’elle. Cinq minutes après, les hommes leur emboitèrent le pas. La véritable cérémonie allait pouvoir commencer.

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